juillet 2011 (4)

mercredi 27 juillet 2011

Engagement politique

En janvier 2008, j’ai rejoint le Parti Ꝓirate. Cette décision est un peu étrange pour moi, au vu de mon écœurement pour le comportement général de nos élus, mais j’imagine que j’ai du me résigner avec le temps… et la maturité.

Cette volonté d’engagement citoyen n’est en revanche pas nouvelle puisque je milite depuis 1995 en faveur du logiciel libre dans plusieurs structures et projets (APRIL, Debian, MacPorts, etc.) La différence est qu’ici j’ai franchi une étape supplémentaire en m’inscrivant dans une approche politique.

Lors des élections présidentielles de 2007, j’avais été sensible au discours de François Bayrou sur les questions des brevets logiciels, des droits d’auteur, de l’accès aux données publique, ainsi qu’une grande volonté de renforcer la cohésion européenne. Mais je n’ai pas rejoint le MoDem naissant car je n’appréciais pas son objectif de « porter les grands noms du parti ».

Quand à l’action syndicale, elle était de facto exclue car il n’existe pas de syndicat efficace d’informaticiens, et les grands syndicats nationaux sont très peu au fait des problèmes de nos secteurs d’activités.

Comment hacker un politicien ?

En revanche, la naissance du Parti Pirate en Suède courant 2006 m’a tout de suite attiré car il se focalisait sur des questions jusque là maltraitées par les politiques français et européens; avec en fil rouge la place de la culture et de la connaissance dans nos sociétés occidentales.

À l’époque étaient mis en place par le gouvernement différents projets qui m’inquiétaient : collecte systématique de l’ADN des citoyens par la police, surveillance intrusive des télécommunications et d’internet, criminalisation de pratiques socialement établies… Sale temps pour la jeunesse. Sans compté la destruction des services publiques (y compris ceux ayant un budget bénéficiaire !) au nom de raisons idéologiques (et de copinages industriels…). Donc, plutôt que de continuer à lutter (vainement ?) par les habituelles méthodes associatives, j’ai décidé de me lancer dans le Grand Jeu et de rejoindre un parti politique pour agir de l’intérieur: le Parti Ꝓirate.

Étant à ce moment sur Lyon, j’ai eu envie d’explorer ce que pouvait être une action politique locale pour un parti politique international et dématérialisé. J’ai donc mis en place la CRAPꝒ, le premier groupe régional du Parti Ꝓirate, et qui plus est ancré sur le terrain.. Le succès fut immédiat et notre engouement nous a permis de nous faire immédiatement connaître, et reconnaître, par la presse et les élus locaux.

Aujourd’hui, je ne regrette pas cette décision de me « politiser »; j’ai élargi mon horizon, ai été amené a rencontrer de nombreuses personnes intéressantes avec lesquelles je ne suis pas toujours d’accord, et j’ai surtout la sensation d’avoir été utile au travers de mes actions.

Je cerne mieux désormais les problèmes qui minent la question du numérique en France et en Europe : la trop grande proximité entre les élus et les dirigeants de grands groupes industriels, la volonté de résultats à court terme pour servir des intérêts électoraux, ou encore le dogmatisme idéologique en dépit de la réalité du quotidien.

dimanche 24 juillet 2011

Compte-rendu de la première édition d’OVEI

OVEI ?

J’ai été invité à participer à la première édition d’OVEI, organisée par Bruno Spiquel (expert technique à la HADOPI et entrepreneur) et Laure de La Raudière (députée). L’objectif d’OVEI est de permettre la rencontre informelle entre des élus, hauts responsables d’administrations, et experts techniques de la vie civile. Étaient présentes 59 personnes autour d’un barbecue fédérateur.

J’emploi ici les termes « geeks » et « politiques » pour coller à la terminologie choisie par OVEI. Il serait plus correct de parler d’élus, d’administrateurs, de développeurs, de magistrats, de sysadmins, de chercheurs, etc. Mais faisons simple.

Je suis donc parti de Lyon de bon matin, accompagné de Romain Rivière venant de Genève, pour passer le weekend à Rambouillet. Hasard des choses, nous avons ramassé dans le TER deux « geeks » (en opposition à « politiques » pour cette journée de rencontre) et fini le trajet dans le tank étiqueté de Spyou.

OVEI, en pratique

Lancement de la journée par trois interventions sur :

  • l’évolution des moyens de partage des savoirs au travers de l’histoire, et les révolutions de société que cela à engendré;
  • internet et sa résilience face aux pannes et à la division, avec en perspective de l’autonomie;
  • le droit de réponse, puis le droit au secret dans les affaires publiques.

Discussion sur les questions de droit au secret dans les affaires publiques.

Discours d'ouverture d'OVEI

Discussion à propos du droit de réponse sur internet :

  • problème de la législation française dans un internet structurellement transnational
  • pertinence de la législation actuelle :
    • internet autorise la publication personnelle sans restriction ni filtrage, contrairement aux médias unidirectionnels tels que la presse papier et la télévision où la publication est liée à l’acceptation par un directeur des contenus éditoriaux
    • la publication peut être réalisée via des outils décentralisés ou qui ne permettent techniquement pas d’y associer une publication tierce[1]; comment alors gérer un droit de réponse obligatoire ?
  • introduction de la notion de « même médium » pour appliquer le droit de réponse : publication sur un « espace de communication » → réponse au même endroit. Problème de la définition d’ « endroit » (mashup de données externes) et de mise en pratique.

Ma réflexion actuelle est que le droit de réponse, défini initialement par la loi de 1881, n’est pas adapté à internet qui a une approche multidirectionnelle sans barrières. Là où la loi originale permettait à une personne de bénéficier d’une garanti de prise de parole « juste » quand elle était nominalement concernée, internet met sur un pied d’égalité chacun en lui permettant de s’exprimer; cet aspect du droit de réponse perd alors son sens.

En revanche, internet introduit possiblement une différence sur l’exposition : certaines publications ont plus de visibilité que d’autres; comment alors garantir à un droit de réponse une diffusion semblable à la publication originale, sachant qu’on ne peut pas obliger les gens à consulter une ressource[2]. Tiens, d’ailleurs si l’auteur était anonyme ou que la publication avait lieu hors de la juridiction française, on ferait quoi ?

Discussion sur le grand banditisme sur internet :

  • montée en puissance de l’argent liquide numérique anonyme (bitcoin, carte VISA prépayée)
  • problème de l’insuffisance des compétences chez les enquêteurs et les juges face à l’évolution des technologies et des pratiques.
  • partage d’anecdotes sur la rencontre informaticien + numérique + police.

Discussion sur le TLD rebelle et autogéré .42 : intérêts, approches techniques et sociales, conséquences. Pourquoi le faire au juste ? Parce qu’internet permet cette liberté, et en protestation à la politique de gestion de l’ICANN.

Discussion sur la nature et l’approche politique du Parti Pirate. Comparaison avec les Verts à leurs débuts (d’abord en opposition en Allemagne sur les missiles nucléaires, puis conception d’un projet de société).

(On me murmure que des geeks, pour conclure dignement cette journée, ont grassement trollé[3] des gens de la HADOPI. Je n’ose le croire tellement c’est inconcevable :)

Ce que je retiens d’OVEI

Le concept est validé : une rencontre informelle permet aux différents acteurs de se rencontrer sans pression et de s’apprivoiser. La forme est à ajuster légèrement pour inciter et renforcer les échanges : le cloisonnement est un réflexe fort, probablement en raison de centres d’intérêts trop différents au premier abord.

BBQ OVEI

Les politiques sont arrivés avec des exemples très précis de problèmes qui les touchent directement, principalement liés à leur image et activité publique. Les geeks sont arrivés les mains dans les poches et la bouche en cœur, appâtés par la promesse d’un BBQ arrosé gratuit.

Je m’attendais à plus de questions techniques sur le fonctionnement du net et les implications de faisabilités des technologies, mais en fait les discussions ont portées sur des principes de société et de comment il était possible de les imposer sur internet. Cela a fait tiquer les geeks présents qui étaient de culture principalement libertaire.

Les politiques ont une approche très nationale du net, centrée sur sa partie web, et posent comme prémisse que les problèmes qu’ils souhaitent traiter se font au travers de la législation française. Faire remarquer que les acteurs (entreprises ou personnes) qu’ils veulent cibler peuvent se trouver entièrement à l’étranger[4] (ou même nul part) leur fait grincer les dents car cela les confronte à leur incapacité d’intervention. D’où quelques réactions irritées à base de « on est supposé ne rien faire alors ? »; si j’avais la solution je leur donnerais avec plaisir, mais je ne l’ai pas. Il va falloir qu’ils intègrent le fait qu’on ne peut pas légiférer pour internet comme pour le territoire français, car la police n’a pas les mêmes capacités d’intervention pour y faire appliquer la loi[5].

Si les politiques ont compris qu’internet est de nature décentralisée et maillée, ils ne l’ont pas nécessairement intégré : le réflexe du Minitel 2.0 n’est jamais très loin.

Le pâté de Chartres, c’est délicieux ! Mais faire un BBQ sur un hippodrome sans viande de cheval c’est un peu de la tromperie sur la marchandise :)

Les politiques peuvent se montrer très chatouilleux face au troll gentil, là où le geek ne voit qu’une occasion de tester des éléments d’argumentation. Ah, la différence de culture… Il est possible que cela soit lié à la pratique régulière par le geek de l’autodérision et de la critique franche pour éviter les ambiguïtés; on peut également songer à l’importance que peuvent attacher les politiques à leurs image publique, là où les geeks seront davantage chatouilleux sur la remise en question de leurs compétences.

Les geeks aiment afficher leurs convictions et étaient facilement identifiables sur leurs natures et leurs activités… à conditions de savoir interpréter leurs déclaration d’appartenance; exemples :

  • pin’s π et parle de .42 : membre de la Quadrature du net et participe au projet 42Registry;
  • sticker Parti Pirate et t-shirt cypherpunk : travail contre HADOPI et fait la promotion des pratiques cryptographiques.

Les politiques sont difficiles à décrypter au premier regard pour les geeks : qui appartient à quoi, et s’occupe de quels problématiques. En effet, ils ne portent pas de t-shirts à message ;) Un badge serait alors le bienvenu.

Je suis conforté dans mon idée de monter une micro-entreprise pour faire du négoce de bitcoin en France et en présentiel. Juste pour le lulz vis à vis de la législation, et voir ce que veut dire de matérialiser des transactions monétaires structurellement immatérielles.

J’ai énormément apprécié que l’on arrive enfin à rapprocher les politiques des geeks; cela aurait été impossible y a encore 5 ans, comme quoi les choses s’améliorent quand on se donne du mal. Vouloir légiférer sur internet sans écouter les informaticiens est une aberration, surtout quand ce sont eux au final qui le font fonctionner et non pas le législateur.

Compléments

Notes

[1] Exemple : instance StatusNet ou liste de diffusion à émetteurs restreints

[2] le premier qui dit « on n’a qu’à obliger les FAI à envoyer à leurs clients les droits de réponse ! », je le mord

[3] Pour mémoire, le troll n’est pas nécessairement méchant : il peut aussi être affectueux. Sauf quand il s’agit de VIM et d’EMACS, car tout le monde sait que VIM est clairement supérieur ;P

[4] Par exemple, un éditeur canadien de contenus lus par des francophones, et qui aurait ses infrastructure en Chine pour des raisons de coût. Des politiques insistaient pour revendiquer que le droit français doit pouvoir être appliqué (par exemple, pour le droit de réponse). Personnellement, je ne vois pas de possibilités techniques et juridiques de le faire. Le législateur doit intégrer les contraintes externes imposées par les environnements numériques.

[5] Et une loi non appliquée on sait ce que ça donne…

dimanche 10 juillet 2011

Interview pour le magazine Acteurs de l'économie

Dans le cadre de mon activité en Rhône-Alpes, j'ai accordé une interview au magazine Acteurs de l'économie[1]. L'idée est de mettre en valeur les cent personnes qui vont compter demain en Rhône-Alpes.

Oui, je suis en couverture.

Acteurs de l’économie – n°100 – Couverture

Et en portrait, aussi :)

Acteurs de l’économie – n°100 – Les 100 qui feront Rhône-Alpes – En couverture

Je parle de mon activité de recherche, du Libre, du Parti Pirate Rhône-Alpes, du Laboratoire Ouvert Lyonnais, et de plongée !

Acteurs de l’économie – n°100 – Les 100 qui feront Rhône-Alpes – Damien Clauzel
@article{Clauzel:2011:Informatique-et-liberte,
  title = {Damien Clauzel — Informatique et liberté},
  journal = {Acteurs de l'économie},
  year = {2011},
  month = jul,
  volume = {100},
  pages = {36-37},
  url = {https://damien.clauzel.eu/post/2011/07/10/Interview-pour-le-magazine-Acteurs-de-l-économie},
  author = {Clauzel, Damien and Dupré la Tour, Diane},
  keywords = {article, Lyon, Acteurs de l'économie, Libre, Parti Pirate, politique, presse, Rhône-Alpes, Laboratoire Ouvert Lyonnais},
  language = {french},
  abstract = {33 ans, chercheur en informatique, consultant, représentant du Parti Pirate en Rhône-Alpes}
}

Note

[1] Acteurs de l'économie, numéro 100, juillet 2011, pages 36-37

vendredi 8 juillet 2011

Retour d'expérience sur le passage en BÉPO

Logo BÉPO

J’ai passé le clavier d’une de mes machines Ubuntu/natty en disposition BÉPO; la procédure fonctionne aussi pour Debian/stable. La keymap BÉPO est disponible dès le démarrage pour déverrouiller le disque, et dans la console et GDM pour permettre la connexion.

Pourquoi le BÉPO ? La communauté BÉPO vous expliquera cela dans les détails.

Mes premières impressions

Si les premières minutes sont horribles, celles qui suivent sont juste terribles. Il faut se forcer à bloquer des années de réflexes et pratiques accumulés sur les dispositions AZERTY et QWERTY. Il faut non seulement réapprendre à (correctement) taper au clavier, mais aussi à utiliser les bons caractères typographiques (apostrophes, tirets quadratins, etc). Au bout de 24 heures, j’ai pris mes repères; après 48 heures je commence à taper des mots de passe et quelques mots sans trop hésiter. Je sens qu'il va me falloir plusieurs semaines pour retrouver une vitesse de frappe acceptable.

Je suis surtout lent, effroyablement lent. Mais dès les premières secondes j’ai bien ressenti l’intérêt de la disposition BÉPO : mes doigts se déplacement beaucoup moins et les voyelles sont à une place extrêmement pratiques. En fait, je peux taper des bouts de phrases entiers sans quitter la rangée médiane. C’est impressionnant.

Passage en clavier BÉPO du portable

Les principaux problèmes que je rencontre sont :

  • les raccourcis clavier : leur usage est tellement systématique et ancré que « déplacer » un ^C ou un ^Z est une véritable douleur
  • VIM : au secours, il faut tout réapprendre ! dd, I et autres ont changé de place (ou plus exactement, ce sont les touches qui ont changé). C’est totalement désespérant de se sentir trahir par son éditeur de texte.
  • les commandes du shell : taper « xi » à la place de « cd » est crispant. Heureusement, les touches à la place de « rm » sont « on »; ça évite les mauvaises surprises…

Globalement, si la rédaction de texte se passe plutôt bien, j’éprouve de réelle difficultés avec tout ce qui est usage technique des touches : programmation, administration, etc. Mais de gré ou de force, mes doigts vont s’habituer. La seule question étant alors « en combien de temps ? ». Comme les vacances d'été commencent, j’espère être au point pour la rentrée.

Procédure à suivre

Ce que j’ai fait :

1) installer le paquet console-data avec les réponses : « Choisir un codage clavier pour votre architecture », « dvorak », « Standard », « Dvorak French Bepo (UTF8) »

2) spécifier la keymap dans /etc/default/keyboard :

XKBMODEL="latitude" # spécifique à mon portable, sinon pc105
XKBLAYOUT="fr"
XKBVARIANT="bepo"
XKBOPTIONS="lv3:ralt_switch,compose:lwin,terminate:ctrl_alt_bksp"

3) pour dire que je veux la keymap dans l’initramfs, ajouter dans /etc/initramfs-tools/initramfs.conf :

#
# KEYMAP: [ y | n ]
#
# Load a keymap during the initramfs stage.
#

# pour avoir la carte Bépo le plus tôt possible
# (voir /etc/console/boottime.kmap.gz ou /etc/console-setup/cached.kmap.gz)
KEYMAP=y

4) générer un nouvel initramfs pour empaqueter le tout : update-initramfs -uv

5) redémarrer