octobre 2011 (2)

mardi 11 octobre 2011

Atelier Création d’entreprise

À force de rencontrer des personnes et de discuter avec des structures de conseil sur la création d’entreprise, je me suis laissé persuader d’inclure dans Galère autre chose que les expérimentations sur le trading nominal de bitcoin. Des gens me parlent sans cesse de brevets[1], de transferts de technologies venant de mes activités de recherche, de conseils aux entreprises pour les aider à valoriser leurs productions technologiques et scientifiques; du coup j'inclus tout ça en fourre-tout dans le projet, et on verra. Eh, si c'était plus structuré, ça serait moins drôle :)

Par un cheminement compliqué, je me suis retrouvé à participer à l’atelier « Création d’entreprise » du Pôle Emploi. Au programme, 3 heures ultra longues de monologue.

Création d’entreprise au Pôle Emploi

Pôle Emploi :

  • sensibilisation de la création d’entreprise
  • orientation vers les structures
  • bla bla bla… intervenant SOPORIFIQUE À MORT

La CCI :

  • réunion « s’informer pour entreprendre »
  • 3 heures, gratuit

Utilisation du DIF de l’employeur précédent (« DIF portable ») pour formation/accompagnement à la CCI.

« Espace Entreprise », service du développement économique, Ville de Villeurbanne :

  • 50 rue Racine, Villeurbanne
  • accompagnement
  • RDV avec avocat d’affaires et expert-comptables pour aide
  • antenne de la CCI

Paperasse

Association ADL :

  • 13 rue Docteur Ollier, Villeurbanne
  • dossier NACRE gratuit

Structure CREONS SCOP :

  • gratuit pour villeurbannais
  • 25 rue du Bat d’argent, Lyon 1e

Le processus de création d’entreprise

Adéquation homme/projet

  • faire le bilan personnel et professionnel
  • formaliser l’idée
  • repérer les opportunités
  • lister les contraintes légales et humaines
  • utiliser les structures d’aides pour servir de miroir cognitif

Le Pôle Emploi propose des prestations gratuites :

  • bilan de compétences avancé
  • évaluation dans le milieu de travail

Étude de marché + étude technique de moyens

But :

  • valider la faisabilité commerciale de l’entreprise
  • positionnement sur le marché
  • établissement du CA prévisionnel
  • identifier :
    • marché : organisation des acteurs, tendances, réglementation, géographie
    • concurrent : directs et indirects, offres, positionnement, implantation, politique commerciale
    • clients : profiles
    • réseaux : entreprises amont et aval de l’activité
  • établir stratégie commerciale

Étude de marché :

  • quoi
  • à qui vendre
  • clients : nombre, lieux, habitudes, besoins, contraintes
  • concurrence directe et indirecte : gamme produits, prix, horaires, SAV, communication
  • fournisseurs
  • prescripteurs
  • où s’installer
  • comment vendre : stratégie de communication
  • combien : prix, coût de production, moyens de travail, CA escompté, nombre de clients potentiels

Voir les fiches professionnelles de l'APCE.

TI-82

Étude financière

Le dossier financier en 4 parties :

  • plan de financement initial (PFI)
  • compte de résultat prévisionnel (CRP)
  • plan de trésorerie
  • plan de financement sur 3 ans : autofinancement, investissement en matériel…

PFI : tableau équilibré (cf page 13 du livret PE« Organiser son projet de création ou de reprise d’entreprise »)

  • besoins
  • ressources

CRP : tableau équilibré, par perte ou bénéfice (cf page 15 du livret PE« Organiser son projet de création ou de reprise d’entreprise »)

  • charges : exploitation, externes (loyer, assurances, frais de transport, publicité), salaires + charges sociales, impôts et taxes
  • recettes : chiffre d’affaire

Charges sociales : 46% du CA avant impôts et taxes → travailleur non-salarié → régime social RSI → pas d’assurance-chômage → pertinence d’une assurance personnelle

µ-entreprise : pas un statut mais une option fiscale

⚠ Penser à l’ACCRE lors de la création si éligible

Étude juridique, sociale et fiscale

pas vu, plus le temps

Recherche de financements et d’aides

pas vu, plus le temps

Les formalités de création

pas vu, plus le temps

Lancement du démarrage de l’activité

pas vu, plus le temps

Notes & conclusion

Je prend note : cet atelier ne sert qu’aux personnes qui se réveillent un matin en se disant « tiens, et si je créais mon entreprise » ? Cela vient aussi du fait que l’atelier était chargé en personnes, chacune avec un profile, des objectifs et un avancement différents. Du coup, il était très difficile d’échanger; pas grand chose en commun entre une personne qui veut ouvrir un point chaud, une qui fait du transfert de technologies, une qui fait de la vente… Rien d’inintéressant, mais rien non plus d’utile pour moi. Il s’agissait d’une présentation générale du processus de création d’entreprise.

Au Pôle Emploi, ils n’aiment pas le statut d’auto-entrepreneur : très peu de personnes qui se lancent dedans génèrent suffisamment de bénéfices pour vivre.

Et bien sur, toujours, ça parle d’activité « sur INTERNET ». Genre, le net est un univers à part…

Comme souvent, j’étais le seul avec un ordinateur, mais c’était bourré d’iPhones et les gens relevaient leurs mails.

Les autocollants du Parti Ꝓirate font toujours autant d’effet :P

Sieste de chat-ninja

Tout le travail préparatoire à faire me donne envie de faire comme le chat : une sieste… Monter (correctement) une entreprise (crédible) en même temps que bosser, ça demande une énergie folle.

Bonus : dans les toilettes pour hommes du Pôle Emploi, il y a un très joli câble ethernet (CAT 5E) qui descend du faux-plafond pour disparaître dans le faux-plancher. Avec 5 minutes, une bonne pince coupante et un connecteur, on pourrait en faire des choses… ;P

TODO :

  • faire une étude de marché propre : mon activité est peu connue donc il faut savoir où je mets les pieds
  • monter le business plan ; même sans besoin de financement ça permettra d’estimer le niveau de génération de profits
  • potasser la réglementation sur la Jeune Entreprise Innovante
  • regarder du côté du régime de la micro-assurance
  • voir module EPCRE (Évaluation Pour la Création et la Reprise d’Entreprise) et stage I-Declic auprès de la région

Note

[1] brevets qui, je le rappel, n’existent pas sur les logiciels

vendredi 7 octobre 2011

Attaque juridique sur la tz database et ses conséquences pour le monde entier

Qu’est-ce qui s’est passé ?

Ce 30 septembre 2011 s’est produit un événement rare, d’une ampleur catastrophique pour le monde entier. Et personne ne l’a su, en dehors d’informaticiens spécialisés (administrateurs systèmes, gestionnaires de distribution de logiciels, etc.) et compétents[1].

La législation sur la propriété intellectuelle a failli déstructurer non seulement internet, mais aussi la quasi totalité des ordinateurs du monde entier. Je n’ai pas l’habitude des exagérations inutiles, donc moi-même je me surprend à écrire des choses pareilles. Et pourtant, c’est vrai.

La société américaine Astrolabe qui publie des ouvrages d'astrologie et des atlas a abusé utilisé le droit américain sur la propriété intellectuelle pour mettre hors-ligne et faire cesser l’activité autour de la tz database. Cela ne vous parle absolument pas, et c’est normal : il s’agit d’une partie de l’informatique très précise qui ne concerne pas directement les utilisateurs finaux.

La tz database ?

La tz database est un ensemble d'informations techniques sur les fuseaux horaires dans le monde. Ces informations sont utilisées partout en informatique : Détail d'horloge murale

  • Chaque fois que vous indiquez la ville où vous vous trouvez, par exemple, Europe/Paris, vous utilisez la tz database.
  • Chaque fois qu'un de vos appareils se met à l'heure automatiquement, par exemple votre magnétoscope, vous utilisez la tz database.
  • Chaque fois que vous consultez un site web votre ordinateur et celui en face se réfèrent à la tz database.
  • Chaque fois que vous notez un rendez-vous dans votre agenda électronique, vous utilisez la tz database.
  • Chaque fois que vous dépendez d'un appareil médical qui permet de vous maintenir en vie, vous pouvez être sur qu'il utilise la tz database.
  • Chaque fois que vous téléphonez, vous utilisez la tz database.
  • Chaque fois que vous prenez l'avion, vous utilisez la tz database.
  • Chaque fois que vous allumez la lumière dans une pièce, vous pouvez être sur que c'est grâce à des ordinateurs qui utilisent la tz database.

La tz database a été mise en place par Arthur Olson en 1986, pour permettre de disposer en un seul d'endroit des informations nécessaires pour gérer la data et l'heure sur les dispositifs informatiques. Avoir une seule source d'information permit à l'époque de factoriser de nombreux efforts éparpillés et de résoudre les problèmes de synchronisation. Ce projet s'est révélé être tellement pratique qu'il a été ensuite utilisé par l'ensemble des équipements qui utilisent de l'informatique; et qui donc s'appuient sur la notion de temps. De nos jours, on retrouve l'utilisation de la tz database dans la quasi totalité des équipements informatiques.

La tz database est gérée dans la grande tradition du libre : ouverture et transparence totale. N'importe qui peut rejoindre le projet, discuter de la structuration des données, participer au travail de collecte et de vérification des informations, réfléchir sur l'évolution de la gestion du temps (année bissextile, ajout et retrait de seconde pour compenser la rotation de la Terre, etc). Il est donc aisé pour n'importe quelle personne de contrôler la qualité du travail accompli et de le réutiliser.

Par une de ces bizarreries dont l'histoire a le secret, la tz database est hébergée par le NIH, ce qui convient très bien. De plus, elle est libre de toute contrainte politique et ne dépend d'aucun organisme. Ce qui correspond parfaitement aux besoins [2].

La bonne gestion de la tz database est importante car chaque année plusieurs dizaines de modifications y sont apportées : des pays sont créés et supprimés, des décisions politiques sont mises en œuvre pour limiter la consommation d'énergie (horaire été/hiver), des zones géographiques sont réaménagées, des tremblements de terre affectent la rotation de la planète, etc.

Conséquences de l'attaque juridique sur la tz database

La tz database est alimentée par des informations publiques : des lois sont votées, des arrêtés sont pris, des calculs scientifiques sont publiés… Son contenu n'est donc pas soumis à de quelconques règles d'exclusivité. En fait, c'est même l'inverse : ces informations doivent absolument être diffusées. Et au niveau international, la question politique du temps est plutôt bien gérée. Bref, rien à signaler.

Tout le monde (ou presque) dépend des informations de cette base de données. L'armée, la police, les secours aux personnes, la médecine, les transports, les entreprises, les particuliers… il n'y a aucun domaine couvert par l'informatique qui ne soit pas concerné. Et donc, la législation sur la propriété intellectuelle a failli supprimer et bloquer tout usage ultérieur de ces informations. Vous réalisez maintenant ce qui a affolé les informaticiens ?

kilo-étalon

Supprimer cette base de données équivaut à supprimer le kilo-étalon du Bureau international des poids et mesures et à interdire l'usage de sa dimension. Il n'y aurait alors plus de référence pour calibrer les machines-outils, et les conséquences seraient aussi dramatiques qu'immédiates dans tous les secteurs. Il se passe actuellement une chose similaire au niveau du temps : sa référence (ou plus précisément la grille qui permet de l'interpréter) est supprimée.

Naturellement, les informaticiens ont mis en place des procédures temporaires pour préserver le temps[3] et réfléchissent à une réorganisation de la gestion du projet pour que cela ne soit pas reproductible. Mais le problème initial demeure, à savoir que de plus en plus des actes juridiques aberrants attentent non seulement aux libertés fondamentales, mais mettent aussi en danger notre vie quotidienne.

Que des avocats agissant au nom d'une société aient pu mettre à genoux le temps, simplement en ayant une mauvaise connaissance du sujet qu'ils traitent et en abusant d'une législation créé pour protéger la rente culturelle des grands groupes internationaux, est inacceptable.

Solution(s)

Une solution serait de faire avancer les réformes sur le droit d'auteur, la protection des œuvres, et de poursuivre la législation sur les droits et devoir des hébergeurs internet afin que cette situation ne puisse pas se reproduire. C'est le but des lois DADVSI, HADOPI et LCEN. Malheureusement cette approche est vouée à l'échec, de part la nature de la technique du numérique et de celle du travail législatif. Il va vraiment falloir que le législateur accepte le fait qu'il ne peut pas simplement « réguler internet ».

Plus prosaïquement, une solution pratique serait de supprimer la propriété intellectuelle sur les œuvres de l'esprit, les logiciels, et les brevets. Pan. Ah oui, c'est vrai : cela ne plairait pas à Vivendi Universal. Donc à la place on préfère conserver une loi qui permet de casser tous les appareils informatiques avec une simple lettre de 5 pages envoyée de l'autre côté de l'océan par une personne sur laquelle on n'a aucun contrôle.

Notes

[1] Si vous êtes directement concerné et que vous n'êtes pas au courant de cette histoire, posez-vous sérieusement la question de votre qualification… vraiment.

[2] Imaginez que vos dispositifs informatiques dépendent du bon vouloir politique d'un pays tiers ; vous apprécieriez ? Je ne pense pas ; donc c'est très bien que la politique reste en dehors du projet.

[3] Ah, l'informaticien, ce héros des temps modernes. Il passe sa vie à Sauver le Monde, et le grand public ne le sait jamais.